Lundi 15 juin 2009
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Condamner le supérieur parce qu’il ne s’adapte pas à la demande des entreprises est une erreur.
1. Parce que pour s’adapter à une demande, il faut que la demande soit présente et réalisable. Or, elle tend à correspondre à :
- Polytechnique doublée par HEC,
- minimum quadrilingue,
- 7 ans d’expérience en sortant de l’école,
- célibataire sans enfants,
- temps de travail égal à 24h par jour, 7j/7,
- mobilité planétaire à charge du salarié/chercheur d’emploi,
- package de rémunération : 60 euros par mois, contrat local indien, chinois, ou africain, au choix (le fameux « package attractif »),
ou plus pragmatiquement au déclassement/chômage.
2. Parce que vouloir réguler l’orientation des étudiants en fonction des débouchés, c’est savoir anticiper les besoins de demain. Or aucune entreprise ne veut avoir/n’est capable d’avoir une vision
à long terme compte tenu de ce que sont les marchés et de ce que sont les dirigeants/propriétaires de celles-ci, que ce soit en terme de ressources humaines ou autres (si ce n’est la fameuse devise
du « toujours plus pour toujours moins pour toujours les mêmes »).
Par conséquent, on ne peut demander à l’éducation nationale de faire le travail des entreprises à leur place ou de faire avec des anticipations de besoins RH inexistants ou non fiables.
Notez quand même que cette régulation s’exerce déjà un peu au travers du nombre de places disponibles dans les filières.
3. Parce que le manque d’emploi n’est pas question de « spécialité ». Le manque d’emploi est symptomatique de toutes les spécialités. Des secteurs entiers nous bassinent à longueur de temps qu’ils
embauchent alors que nombre de diplômés ou d’expérimentés de ces mêmes secteurs recherchent du travail. Donc quelque soit leur orientation, les gens vont ramer.
4. Parce que c’est incohérent de dire aux gens de travailler dans ce qu’ils aiment et ensuite de tenir le discours « faites en fonction des débouchés ». Et leur reprocher ensuite leur manque de
motivation ou leur démarche de vouloir travailler dans quelque chose qu’ils n’aiment pas ou qui les laissent indifférents.
5. Parce que la question de l’orientation a déjà été posée (oui, les pays ont un passé) et cela a conduit à privilégier les filières professionnelles, dites plus adaptées à la demande des
entreprises puisque celles-ci en sont plus ou moins partenaires (à la création/au quotidien). Or vue la situation, on ne peut pas se réjouir du résultat, le chômage et le déclassement continuant
leur progression (seules les statistiques truquées n’en prennent pas conscience).
Pourquoi faire des études professionnelles / soit disant adaptées aux débouchés du marché de l’emploi ?
- parce vous aimez cela ?
- parce que vous voulez pouvoir vivre plus décemment, avoir un emploi ?
- etc.
L’entreprise n’a que faire de :
- ce que vous aimez faire
- votre niveau de vie
- de toute autre chose concernant votre vie, vos désirs et vos états d’âmes d’êtres humains.
Elle veut que vous soyez motivés et qualifiés au maximum, et payés au minimum. Pas motivé dans le sens « aimer » (je vous le répète, l’être humain, elle s’en fout), mais dans le sens « travailler
d’arrache pied pour générer toujours plus d’argent pour ses propriétaires et pour la personne ou l’équipe dirigeante ». C’est la seule et unique chose qui l’intéresse. Le reste, c’est de la
littérature.
Les besoins des deux parties sont donc difficilement joignables et la tentative de les faire se rejoindre se traduit par, entre autres, le chômage.
Par conséquent, le problème de l’orientation des étudiants est un leurre destiné à occulter le fait que la survie de l’entreprise passe avant celle de la majorité des êtres humains.